Restauration des collections archéologiques

Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence

La restauration a pour but la mise en valeur de ce qui subsiste d’un objet. Elle ne peut être entreprise sans l’assurance d’une parfaite innocuité, immédiate et à long terme, des gestes et des produits utilisés.
Elle fait appel à différents spécialistes : restaurateurs spécialisés dans les céramiques, le verre, le métal, les mosaïques…, dont la connaissance des matériaux permet non seulement de poser le bon diagnostic sur l’état d’une œuvre mais aussi de proposer des solutions de restauration.

Les collections archéologiques font l’objet d’une politique de restauration régulière.
Depuis 1994, cette politique s’est traduite par plusieurs programmes de restauration qui ont concerné quasiment tous les types de mobilier : céramique, verre, métaux, sculpture, lapidaire, peintures murales, mosaïques, opus sectile, placages muraux en marbre, objets en bois.

Le traitement des peintures murales

Peinture fragmentaire - relevé avant prélèvement

Les enduits peints, en place ou fragmentaires, nécessitent un traitement bien particulier. Pour fouiller, déposer, étudier et restaurer les peintures mises au jour dans la grande salle à la mosaïque noire, la Ville d’Aix-en-Provence a sollicité les archéologues et restaurateurs du Centre d’Étude des Peintures Murales Romaines.

Sur le terrain

La récupération des fragments s’est faite en respectant les strates de l’effondrement de l’enduit. Les relevés graphiques et photographiques, la numérotation des plaques, le marquage des connexions avant la mise en caisses, permettent de ne perdre aucune des informations du contexte et facilitent le travail ultérieur de remontage.
Le prélèvement en motte a été nécessaire en raison de l’extrême émiettement de certains éléments du décor (scènes de combat), et de leur écrasement, face peinte contre face peinte. Les plaques enchevêtrées ont été soigneusement protégées par plusieurs épaisseurs de film cellophane et de papier d’aluminium, puis une coque a été réalisée en mousse de polyuréthane expansée. Chaque motte est alors détachée du sol à l’aide de lames métalliques.

Dépose d’une peinture en place - encollage de la surface peinte

La dépose a concerné plus de douze mètres linéaires de décor, détachés des murs nord, est et sud. Après un premier nettoyage de la surface, le décor est relevé sur film polyane (286). La polychromie est protégée, tout au long de la dépose, par plusieurs couches de papier japon et de gaze, puis par une toile de coton, encollées avec une résine acrylique.
Les peintures sont détachées de la paroi en passant des lames métalliques entre l’enduit et le support. Elles sont ensuite stabilisées pour être intégrées aux panneaux restaurés.

En atelier

Le nettoyage des fragments consiste en un lavage doux de la surface pour enlever les boues et en un brossage consciencieux des tranches de mortier pour obtenir des assemblages parfaits. Il se fait en respectant l’ordre du ramassage, de façon à recomposer plus facilement les plaques et à les compléter au fur et à mesure par les fragments épars. Intervient ensuite la phase de remontage. La jonction est faite entre les parties déposées et les ensembles remontés ; un nouveau support va solidariser le tout.

Pose du mortier moderne au dos de la plaque amincie. Surface peinte visible dans le miroir

Pour la restauration, une division en plusieurs panneaux est imposée par les dimensions maximales possibles en fonction des impératifs de transport, de stockage et de maniabilité. La ligne de contour de chaque panneau tient compte des points de jonction des plaques : elle passe dans les zones de moindre contact de manière à ne pas trop interférer avec leur organisation interne.
Posés à l’envers, les enduits sont amincis à l’aide d’une meuleuse électrique et consolidés avec une résine acrylique. L’application d’une couche de tissu de verre, encollée avec un adhésif vinylique, leur donne ensuite une cohésion d’ensemble ; elle précède la mise en place d’une semelle de mortier synthétique, afin d’obtenir des plaques rigides et d’aménager une surface d’encollage .

Le support consiste en panneaux stratifiés en nid d’abeille d’aluminium qui portent, au revers, des plaques de renfort assurant leur rigidité et le maintien des différents éléments qui les composent.
Ces renforts sont encollés avec une résine époxyde et vissés à travers l’épaisseur des panneaux ; on obtient ainsi des ensembles très solides et stables.

Finition de surface sur le support moderne

Les différentes plaques y sont alors collées avec une résine époxyde. Il reste à débarrasser la surface peinte d’un important voile calcaire que le nettoyage classique n’a pu supprimer ; cette étape du travail se fait par des moyens chimiques (mélange eau/éthanol) et mécanique (scalpel).
Pour terminer, le fond des panneaux est couvert de plusieurs fines couches de mortier synthétique enrichi de sables de granulométrie décroissante, qui donnent la surface finale de présentation sur laquelle est réalisée la réintégration du décor. Celle-ci est légère : elle se limite à indiquer les valeurs chromatiques des surfaces (au moyen de sables différemment colorés).

Restauration de la mosaïque de Darès et Entelle - 1994/1999

Vue in situ du tapis principal - 1990

Les découvertes de mosaïques occasionnées par les fouilles qui se sont succédé, à Aix-en-Provence, depuis les années 1980, sont à l’origine d’un partenariat de longue date entre la Direction Archéologie de la Ville et l’atelier de restauration de Saint-Romain-en-Gal.

Le remontage sur un nouveau support : l’enlèvement de la couche de mortier antique conservée au revers des tesselles, a été effectué au ciseau de marbrier et par projection de noyaux d’olives concassés ; ces particules abrasives douces ont permis de préserver le jointoiement originel et de conserver l’intégrité des tesselles, notamment les plus fragiles, en verre. En exploitant la lisibilité du décor ainsi obtenue, la mosaïque a été recomposée à l’envers, par assemblage au sol de ses trente-six plaques constitutives ; l’opération a été guidée par la documentation établie lors de la dépose.
Le remontage proprement dit a ensuite été effectué en trois panneaux jointifs de 10 à 11 m2 chacun, sur des supports de nid d’abeille en alliage d’aluminium revêtu d’un stratifié de toile de verre et de résine époxy.
Ces panneaux composites associent des qualités de résistance mécanique et de légèreté,

Entoilage de la mosaïque avant sa dépose

qui apportent une indépendance complète des œuvres vis-à-vis de leur lieu de conservation, et permettent leurs déplacements et des présentations verticales ou au sol.

Les traitements de surface se caractérisent par des interventions minimales qui visent à valoriser la dimension historique des œuvres traitées. Après le désentoilage, un nettoyage minutieux effectué à l’aide d’un scalpel, a permis d’enlever toute trace de terre et de colle, mais aussi de préserver la patine nuancée des tesselles de calcaire et de marbre. L’essentiel des opérations a consisté à réintégrer les tesselles d’origine dans les lignes de découpe pratiquées lors de la dépose. Après le rétablissement de l’unité du tapis de tesselles, les quelques lacunes occasionnées par les travaux de voirie et de construction réalisés entre les deux campagnes de fouille, ont été traitées : la bande de mosaïque disparue entre le tapis principal et la rallonge a été restituée, en utilisant les tesselles libres récupérées in situ dans les zones disloquées ; la documentation photographique établie en cours de restauration permet de distinguer les zones originelles des parties réintégrées. Les autres lacunes préexistantes, aux angles du pavement notamment, ont été conservées.

Nettoyage de la mosaïque

À l’issue de sa restauration, la mosaïque présente les quelques altérations qui témoignent de son histoire : le pourtour irrégulier de la bande de raccord, une petite lacune dans le tapis géométrique, et le contour précis du buste de l’Automne, dont seules subsistent quelques tesselles multicolores ; peut-être le résultat d’un prélèvement soigneux effectué après l’abandon de la demeure, par le propriétaire avant son départ ou par le maçon chargé de monter les murs dont la mosaïque a été recouverte à l’époque médiévale ? Ou alors, l’empreinte de la figure après la disparition des tesselles de verre, soumises à des facteurs particuliers de dégradations auxquels les autres bustes de saisons auraient échappé ? Le genre de question sans réponse que se posent les restaurateurs au fil des heures et des semaines passées à traiter des œuvres issues d’un passé qui reste vivant.